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L’archipel des San Blas 

L’archipel des San Blas :

 

Lieu mythique pour nous aventuriers/explorateurs/navigateurs. J’avais essayé de m’embarquer sur un bateau depuis la Colombie pour rejoindre cet archipel il y a plus de 25 ans mais l’armée Colombienne m’en avait empêché et expulsé de la région (zone contrôlée par le Clan del Golfo). Et enfin en 2025 m’y voici et quels moments !! J’allais passer plus de 10 jours dans ce petit paradis en compagnie des Gunas.

 Il faut savoir que c’est la première réserve Amérindienne du Panama (Comarca) et obtenue par la force : après que ceux -ci aient fomenté une révolution armée (Dite la révolution de Dulé) en 1925 et proclamé leur indépendance, ce qui amènera par la suite à un traité de paix avec le pouvoir central et la reconnaissance de leurs coutumes ancestrales, de leur autonomie et de leur intégrité territoriale. Et j’arrive en pleine festivité du centenaire !!

Les Gunas gèrent entièrement leur territoire que ce soit au niveau des transports, des commerces (seul endroit au Panama ou il n’y a pas les Chinois), du tourisme, de la police, des terres, de l’électricité, de l’éducation et du commerce frontalier si bien que les étrangers (Panaméen compris) ne peuvent pas s’y installer ni travailler sur ce territoire.

Archipel qui compte 364 ilots coraliens paradisiaques avec des eaux turquoise et en pleine mer des Caraïbes, dont seulement une cinquantaine sont habités.

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Pour vous touristes plusieurs possibilités s’offrent à vous pour découvrir cette région :

  • La plus simple, la plus facile et rapide pour vous, est de prendre votre excursion dans une agence de Panama city où seront inclus le transfert en voiture puis en bateau, l’hébergement et la nourriture sur un des ilots réservés au tourisme, bien sûr vous paierez une commission plus ou moins élevée. Mais surtout évitez de vous y rendre le week-end et jours fériés car les Panaméens de la capitale y vont en masse et là ou en semaine il y a une centaine de touristes vous vous retrouverez avec plus de 1500 vacanciers minimums par jour.

  • Les tarifs commencent à 300€ /personne pour un pack de 3 jours et 2 nuits (il y a plus court) pour les ilots les plus proches de la côte, à cela il faut ajouter la taxe d’entrée dans la réserve de 20€ pour les étrangers. Les cabanes sont assez basiques en bois et toit en palme, les prix les moins chers sont avec douches et toilettes collectives.

  • Moins cher et plus responsable sans passer par un intermédiaire est d’appeler directement l’un des responsables des cabanes (vous trouverez leurs numéros directement sur GoogleMap en cliquant sur l’ilot) et vous pourrez négocier votre séjour, il vous mettra en contact directement avec les chauffeurs et s’occupera de votre transfert en bateau. Compter 80€/nuit. Si vous êtes seul c’est le moyen le plus économique car les agences vous feront toujours le tarif pour 2 pour l’hébergement, alors qu’en négociant directement vous pouvez avoir un tarif de 50€/nuit pour les moins couteuses.

  • Si vous voulez encore moins cher, vous pourrez camper directement car certains ilots touristique (appelez avant) acceptent que vous veniez avec votre tente. C’est très populaire auprès de Panaméens avec leurs grandes tentes Quechua (oui il y a bien des Décathlons dans la capitale). Comptez entre 30 à 50€ pour 2 mais vous devrez payer la nourriture.

  • Plus luxueux et qui vous permettra de visiter l’archipel dans les coins les plus beaux, sauvages et photogéniques, mais plus cher, sera de prendre un charter en voilier. De nombreux skippers occidentaux qui font un tour du monde (en attente de traverser le canal) ou la traversée de l’Atlantique se posent dans les San Blas et font du charter occasionnellement. Il y a toutes les nationalités et comptez minimum 300€/nuit pour 2 personnes tout compris. C’est le seul moyen pour se rendre dans la partie la plus belle de l’archipel :  les Cayos Holandeses. Passez par une agence ou directement par les petites annonces sur internet.

  • Si vous avez plus de temps, que vous parlez espagnol et recherchez un parcours plus aventureux, prenez un transfert collectif par chauffeur depuis Panama (pas de transport public), ce sont les Gunas de la capitale qui gèrent le transport (20€ et départ de votre hôtel dès 5h), puis au port de Carti (seul point d’entrée pour les iles avec l’avion) demandez la barque (panga) pour Corazon de Jésus et dites que vous avez rendez-vous avec un de vos amis qui vous attend avec son voilier (pour pouvoir entrer sans réservation dans la réserve). Cette grande île possède les deux seuls Hôtels de l’archipel qui sont utilisés par les employés fédéraux et ceux de la compagnie téléphonique. Le tarif est 15€ la chambre avec ventilateur et 20€ avec AC. Cette île sert de ravitaillement pour les skippers et à part eux vous serez les seuls occidentaux. La population de cette île est la plus occidentalisée avec très peu de femmes en costume traditionnel et cheveux courts et on y parle avant tout l’Espagnol. De là contactez Yonhi (tout le monde le connait), il a une épicerie et possède plusieurs bateaux chargés de ravitailler les voiliers. Et demandez-lui qu’on vous dépose dans un des îlots déserts aux alentours puis passez une journée sur l’ile rien que pour vous ou comme moi passez la nuit avec hamac et réserve d’eau (attention avec les chutes des noix de coco).

  • Si vous voulez vous rendre dans les Cayos Holandeses, trouvez une famille qui se rend dans un des ilots pour récolter les noix de coco (chaque ilot appartient à une famille au sens large) et passer 2 ou 3 jours avec eux.

Bon à savoir avant de partir dans l’archipel :

  • Ne vous attendez pas à un hébergement de luxe ou de qualité comme peut l’être les resorts au Seychelles ou en Asie du Sud-Est, ce sont plutôt des cabanes en bois sur pilotis assez basiques et la nourriture est locale. Si vous rêvez de plus de haut de gamme il faut aller sur l’archipel de Las Perlas (coté Pacifique)

  • Les îlots les plus près de la côte se ressemblent tous : ce sont des iles coraliennes d’une longueur de centaines de mètres avec sable blanc et cocotiers, entourées d’une barrière de corail et à l’eau turquoise. Tout est photogénique mais il n’y plutôt rien à faire que : bronzer, nager et rêver

  • Evitez les week-ends et jours fériés

  • Pensez à prendre des liquidités pour payer les achats car il n’y a ni distributeur ni paiement CB

  • Dans tous les ilots (hors Cayos Holandes) il y a la connexion mobile 4G car l’archipel est bordé par une chaine de montagne et les antennes sur les sommets connectent toutes les iles.

  • Il pleut souvent tôt le matin et en fin de journée

  • Le trajet en bateau (des hors-bords en fibre de verre) sera à l’aller assez agité et tapecul.  Si vous n’êtes pas habitués vous risquez d’avoir quelques frayeurs, tandis que le retour est plus tranquille car on surfe les vagues.   

  • Ne vous attendez pas à de la féerie sous-marine si vous compter faire du snorkeling autour des ilots les plus près de la côte (les moins chers). Il faut savoir qu’il y a une houle due aux marées et au vent, la grande barrière de corail protectrice se trouvant bien plus au nord, le sable coralliens qui est très léger trouble la mer et vous vous retrouvez avec une visibilité de –1 mètre. De plus la houle vous pousse dangereusement contre le corail. Ce n’est pas le cas des ilots plus aux nord car accolés entre eux ils forment des lagons et sont juste après la grande barrière. Donc allez aux Cayos Limones (très touristique) ou encore mieux aux Cayos Holandese et Cayos d’Isla Verde si vous voulez faire de du snorkeling (la plongée est interdite dans toute l’archipel)

  • Sont proposées des excursions à la journée par vos hôtes (20€/personne) pour visiter d’autres îlots ou aller à la rencontre de la population. J’ai lu sur certains blogs sur les San-Blas que les Gunas n’étaient pas très sympathiques avec les touristes. Il est sûr que ceux qui viennent en excursion pendant leur séjour dans les villages pour prendre uniquement en photo des femmes Gunas en habit traditionnel, tel un lieu d’exhibition, on peut donc comprendre l’exaspération des locaux. J’ai vécu et dormi avec eux pendant une dizaine de jours et je peux vous dire que c’est un peuple très gentil mais plutôt réservé, désireux de conserver leurs traditions ancestrales. Depuis ils ont interdit de prendre des photos dans les villages.

  • Ne vous étonnez pas si vous voyez des croix gammées (svastika) un peu partout c’est le drapeau original de leur révolution qui date de 1925 tandis que celle des nazis date de 1933

  • Acheter les fameuses Molas directement auprès des Gunas mais faites un tour avant au musée de la Mola au Casco Viejo (Panama city)

  • Pour en savoir plus sur les Gunas et leur mode de vie ancestrale, ci-joint un reportage des années 60 de la télévision française et vous verrez que rien n’a vraiment changé : http://www.ina.fr/video/embed/CPF86642721/1041737/902b0528c060e7677713836d2e8b5892/425/319/0

  • L’archipel vu sa localisation est sur les routes de la drogue (et depuis longtemps) et de plus est bordé par la Colombie ou sévit un des groupes les plus puissant du pays « le Clan del Golfo » mais aucun risque même si vous allez dans les villages des Gunas qui bordent la frontière car ce sont aussi eux qui gèrent ça.

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Pour ma part, j’étais plus intéressé à vivre et à observer le quotidien des Gunas comme un ethnologue que me prélasser sur les plages. Donc voici les digressions de mon voyage dans la Comarca Kuna Yala : Je n’arrivais pas à avoir des infos valables auprès d’autres voyageurs, sur les blogs et guide de voyage donc je suis donc parti à l’aventure sans savoir ou j’irais, ni ou je dormirais. Je suis parti en bus depuis la capitale, puis à la jonction pour le port j’ai fait du stop. Pour pouvoir rentrer dans la réserve sans aucune réservation (il y un poste de contrôle avec vérification du passeport et paiement de la taxe de 20€) j’ai prétendu un rendez-vous avec un ami skipper arrivant de Martinique avec son bateau. Mais comme j’arrivais en début d’après-midi, il n’y avait plus de transport car les bateaux arrivent des ilots vers 7h du matin et repartent au maximum à 9h que ce soit pour les touristes, pour les locaux ou les marchandises. Donc au kiosque qui s’occupe des trajets en bateau on me dit de repasser le lendemain matin et à ma question ou puis-je dormir, on me répond de prendre la pirogue du pécheur qui est en train de partir et qui m’amènera sur l’île et le village de Gardi Sugdub ou je pourrais passer la nuit. Après la traversée je me retrouvais sur un quai privé entièrement fermé qui est le garage du réparateur de moteurs hors-bord de cette partie de l’archipel. Et là à plus grande surprise je me retrouvais entouré d‘une dizaine de Vénézuéliens qui a priori n’avaient rien à faire là. C’est alors que je me suis rendu compte que les Gunas du port m’ont pris pour un migrant Vénézuélien et m’ont donc envoyé spécialement ici. Il faut dire que je parle couramment le castillano (l’espagnol) car j’ai vécu plusieurs années en Amérique Latine dont le Venezuela ou j’ai habité et étudié. Que faisaient les Vénézuéliens dans cet ilot au milieu de nulle part ?  Ils attendent simplement d’être une douzaine pour pouvoir prendre un bateau local et se rendre en Colombie puis continuer vers leur pays. Pourquoi ? En fait ce sont des migrants qui ont échoué à traverser la frontière des USA, alors que Trump vient de se faire élire, et qu’ils essayent de rentrer chez eux. Donc je pris le temps de parler avec eux pour connaitre leur histoire et qu’ils me content leur traversée, souvent tragique, de l’Amérique centrale. Le président Biden à fait un appel d’air en offrant des visas de séjour spécialement aux Vénézuéliens et Haïtiens vu l’état catastrophique de leurs pays. Et plusieurs milliers de Vénézuéliens se sont précipités vers le Mexique dans l’espoir d’obtenir un visa d’immigration pour les USA. Mais à la différence des migrants, fuyant la pauvreté et pauvres eux-mêmes des périodes précédentes, qui essayaient de traverser illégalement la frontière Américaine, j’avais devant moi des Vénézuéliens de la classe moyenne ayant un travail correct dans leur pays mais cherchant malgré tout à émigrer pour ce rêve Américain. Une femme m’a raconté qu’ils étaient partis à 30 personnes du Venezuela et que seulement 2 avaient réussi à avoir ce fameux visa. Le Venezuela ne fournit pas de passeport à sa population donc ils ne peuvent pas prendre l’avion jusqu’au Mexique et ont dû rejoindre par eux-mêmes la frontière américaine en traversant l’Amérique centrale dont surtout l’enfer du Darien et sa foret, à pied puis en bus jusqu’au Mexique jusqu’à l’attente pendant des mois devant le mur. Après leurs échecs, ils sont obligés de refaire malheureusement le chemin en sens inverse mais les autorités panaméennes interdisent la traversée du Darien dans le sens Panama/Colombie donc ils n’ont pas le choix pour rentrer chez eux que d’attendre, illégalement, dans ce petit paradis en attente de remplir un bateau pour un trajet dangereux de 12h à 250€ par personne. Deux semaines après mon passage un de ces bateaux s’est retourné en pleine mer et une petite vénézuélienne est décédée. ​

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Je décidais de faire un tour dans le village pour trouver un logement plus approprié et dans mon périple je rencontrais un ancien qui par chance parlait espagnol et après lui avoir expliqué que je n’étais pas Vénézuélien m’offrit gracieusement de m’héberger.

J’allais passer une semaine dans ce village et grâce à lui, parce qu’il était l’assistant du Shahila (chef coutumier) j’ai pu accéder à toute la population et assister aux cérémonies traditionnelles. Les maisons consistent en des poteaux de bois qui soutiennent un toit en palme, le sol est en terre battue et les murs faits de tiges de bois. On dort dans des hamacs, les affaires suspendues aux poteaux. Les toilettes/douches sont dans une cabane en tôle rouillée à l’extérieur directement sur la mer.

Les Gunas vivent uniquement sur 49 îlots, les uns sur les autres sans aucun espace disponible. Ce sont les îlots les plus proches de la terre ferme car il n’y pas d’eau douce sur les ilots. L’île ou je logeais mesure 200 m de long sur 100 m de large pour + 200 personnes. Mais malgré sa petitesse c’est un vrai labyrinthe. Juste en face 3 autres îlots autant surpeuplés et l’un d’eux est l’ancien cimetière qu’ils ont dû déplacer sur la terre ferme pour pouvoir construire de nouvelles habitations. Depuis flotte un drapeau noir au bout d’un mât de 20 mètres pour le rappeler.​​​

C’est une société matriarcale, endogame et les femmes sont les gardiennes du foyer. Les hommes après le mariage rejoignent la famille de leur femme et habitent souvent chez l’oncle maternel (matrilocalité).

La cérémonie la plus importante du peuple Gunas (à laquelle j’ai pu assister) est la cérémonie de la puberté chez les filles. Dès la première menstruation ils organisent une première fête nommée « Inna Mustiki », obligatoire sous peine d’une amende de 150€. Elle dure une journée et la famille prépare dans de grandes jarres de la chicha. Puis quelques temps plus tard vient la deuxième fête appelée « Inna Sut ». Elle n’est pas obligatoire car elle coute très cher à la famille (+ 1.000€). Fête qui dure 5/6 jours dans la maison de cérémonie, tous les villages en ont une, où l’on chante et psalmodie les traditions orales avec l’aide du Kantule (le barde attitré de la communauté) mais surtout ils boivent une quantité astronomique de rhum blanc (J’ai compté + de 400 bouteilles d’où le coût élevé) et de tous les villages de la Comarca viennent des hommes et des femmes. Le deuxième jour tout le monde est complètement saoul. Je me souviens d’avoir vu des gens affalés de tous les côtés dont des endroits les plus inattendus comme l’un qui avait fini sur le toit d’une maison ! Le dernier jour des danses traditionnelles sont jouées tandis que l’on coupe les cheveux de la jeune fille (coupe courte qu’elle gardera toute sa vie), qu’elle est vêtue de l’habit traditionnel, des bracelets de perles multicolores aux pieds et aux bras et qu’elle reçoit son prénom de femme. Quand elle se marie, elle ajoute un anneau nasal en or. Il est facile de reconnaitre une femme passée par cette cérémonie car elle a les cheveux courts sinon elle garde les cheveux longs.

Je pourrai vous raconter encore milles anecdotes, déjà merci à vous d’avoir lu cette partie, donc quand vous irez dans ce petit paradis pensez aux Gunas qui acceptent de partager leur propre territoire avec vous.

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  • Mon avis :

Endroit paradisiaque avec ses ilots par centaines en plein Caraïbes et hors du temps avec les Gunas mais ne vous entendez pas à un services hôtelier haut de gamme  mais plutôt comme un endroit préserver du tourisme de masse 

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